Acteurs du Grand Genève et organisations paysannes

Proposition : que des Acteurs du « Grand-Genève » et des Organisations paysannes du monde se confrontent en 2014, année de l’Agriculture familiale


Le caractère international de Genève, ville suisse de moins de 200 000 habitants,  marqué notamment  par la présence du second site des Nations Unies et de plusieurs dizaines d’organisations internationales, a contribué au développement de ses activités dans le commerce mondial. Celui-ci bénéficie d’un régime fiscal favorable et de la longue expérience  du site en matière bancaire, socle économique de la ville. Ainsi, la succursale de la banque française BNP Paribas est, sur la place de Genève, le leader du financement du commerce international des matières premières, devant le Crédit agricole (autre française) et le Crédit Suisse.

 Ces activités de négoce sont gourmandes en emplois de toutes sortes : compagnies d’assurance, sociétés de conseil, firmes de contrôle des marchandises et de transports internationaux, spécialistes de la sécurité, de la logistique, etc. Au total,  400 000  emplois existent aujourd’hui dans le bassin d’emploi et d’aménagement du territoire dit du «Grand-Genève ». 

BNP ParibasCet espace s’étend en France et en Suisse sur plus de 200 communes qui vivent certes du négoce mais aussi de la recherche, de l’industrie, du tourisme et de l’agriculture. Cette dernière activité est menée par des viticulteurs, des éleveurs et des maraichers. Un certain nombre de ces paysans pratiquent la vente directe de leurs produits «à la ferme» , au marché ou dans des magasins  gérés par des producteurs complémentaires. De plus en plus de consommateurs urbains s’associent avec un groupe de producteurs qui leur fournit chaque semaine un panier de produits de saison. (1)

Ce type de commerce local équitable est à l’opposé de celui promu au niveau mondial , depuis Genève, par une poignée de firmes concernées, depuis 2000, par le pétrole et, depuis les années 1950, par les produits agricoles. D’un côté, cinq négociants indépendants ont écoulé, en 2010, environ 28 % du volume total du commerce mondial de pétrole. Leur chiffre d’affaires, cette année-là, a dépassé  500 milliards de dollars. De l’autre, quatre firmes  multinationales jouent un rôle prédominant dans les échanges mondiaux de produits agricoles . En 2010, leur chiffre d’affaires a été de l’ordre de 270 milliards de dollars. Leur activité commerciale  se diversifie « dans la transformation des plantes, des graines et des céréales et dans la fabrication des produits qui en sont dérivés (…) et la tendance se profile clairement vers la production des matières premières agricoles, et donc vers l’acquisition de terres arables par les sociétés de négoce. »(2)

Cette diversification peut avoir des conséquences positives pour assurer la nourriture de la population mondiale croissante mais entraînera des effets négatifs sur les ressources (forte consommation de pétrole, de pesticides, d’eau), sur les paysans exclus du système et sur la prolifération des bidonvilles.

Grand-Genève est aujourd’hui le lieu d’une extraordinaire cohabitation d’acteurs impliqués Paysansdans le présent et l’avenir des paysans du monde. Mais ces derniers ne sont-ils pas des inconnus pour la majorité des premiers ? Peu nombreux sont les travailleurs urbains qui ont conscience que l’agriculture paysanne est une solution plus sûre, plus économe, moins polluante et plus humaine que l’agriculture industrielle.

Ne pourraient-ils pas tirer parti de l’année de l’agriculture paysanne pour, au moins, faire la connaissance de paysans sinon prendre conscience de leur avenir commun? Pour amorcer cela, on pourrait :

  • organiser, à Genève, des rencontres spécifiques permettant, à des paysans de divers pays, dont Suisse et France mais surtout des Suds, de dialoguer ici avec des banquiers, là avec des traders, ailleurs avec des agents des Nations Unies et de l’OMC , etc.;
  • filmer ces échanges, puis réaliser un film destinésà diffuser ces dialogues auprès des organisations paysannes, des acteurs du Grand-Genève et d’autres publics concernés (militants de partis politiques et d’ONG, etc ).

Plus avant, ne pourrait-on pas unir des forces  paysannes et urbaines, du Sud et du Nord, pour faire avancer les concertations et obtenir des décisions politiques favorables aux familles paysannes? Voici un exemple d’action collective organisée depuis Genève : « Des organisations comme FIAN International, la Via Campesina (mouvement regroupant plus de 200 millions de paysans dans le monde), Uniterre (syndicat suisse) et une ONG genevoise (le CETÏM ) travaillent avec les Nations Unies depuis des dizaines d’années afin d’y faire adopter une Déclaration des droits des paysannes et des paysans. C’est seulement au bout de quinze ans, qu’en septembre 2012, le Conseil des droits de l’Homme a adopté la résolution sur la “Promotion des droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales ».»(3)

Enfin, comme le résume ce propos d’Hervé Kempf, « le bien-être de l’humanité va reposer désormais sur son habileté à mobiliser à bon escient les ressources de la biosphère[… et ]le paysan sera un acteur essentiel de ce nouveau stade technique, qui devra cependant être piloté par l’intérêt commun et non par la recherche du profit privé »(4). Au pays de Calvin, n’est-ce pas là un dessein plein de sens ?

Bernard Lecomte 

(1) http://www.grand-geneve.org/chezmonfermier

(2) Déclaration de Berne, SWISS TRADING SA, p212

  1. FIAN Suisse, Les impacts de Genève sur le droit à l’alimentation dans les pays du Sud, p19
  2. Hervé Kempf, Fin de l’occident, naissance du monde,Seuil, 2013

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