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Entreprises minières : la lutte des paysans pour le respect de leurs droits

Parlant de son pays, le Mali, et de l’association « Publiez ce que vous payez », Madame A. TOURE (5)  explique : « L’association est composée de plusieurs organisations de la société civile, des organisations des femmes, des organisations pour les droits humains, des organisations de la presse, etc Notre organisation « Publiez ce que vous payez »(www.publishwhatyoupay.org/fr) essaie de porter à l’attention des populations, des élus locaux, des parlementaires un lot d’ informations sur les flux financiers produits par les entreprises minières. Ce sont les paysans qui souffrent des mines et ce sont les organisations de leurs communautés locales qui sentent les problèmes et qui les vivent, et nous, la société civile, on voit ce qui se passe et nous essayons de communiquer. Ceux qui sont formés font remonter les informations. Tout ce qu’ils ont comme problèmes de santé, problèmes de travail, problèmes d’eau, problèmes de terres, etc … ils nous les font remonter d’abord au niveau des régions. Là, nos membres essaient de voir avec les autorités régionales  comment agir et, quand ils ont des problèmes plus difficiles,  ils les transmettent au niveau national. Nous avons un bulletin pour donner l’information et nous partons souvent au niveau de la base partager les informations et recueillir d’autres informations pour les diffuser à l’endroit. Et souvent on a rencontré des parlementaires qui ne réalisent pas du tout ce qui se passe au niveau local.

Car ces mines posent des problèmes d’accaparement des terres car, dans les villages, les gens cultivent. Or l’entreprise minière vient avec son contrat, le Maire, l’élu local, n’est pas au courant ; le Préfet, le Gouverneur ne sont pas au courant, le chef de village n’est pas au courant … Les employés de l’entreprise viennent faire leurs relevés topographiques en disant  que cette terre c’est pour eux ! Cela amène des problèmes parce que les paysans sont là et cultivent ces terres depuis des années, des terres qu’ils ont hérité de leurs grands parents. Ils sont dans leurs villages et sur leurs terres ; mais quand les entreprises viennent on les chasse de ces terres où ils ont l’habitude de cultiver. Parfois on leur donne des terres très loin, ils n’ont pas les moyens d’arriver jusque là  et ils n’ont rien à cultiver. Et, malheureusement aujourd’hui, quand on va vers Sadiola on voit des panneaux « Espace privé » ; et même ta cour, dans ton village, est dans un espace privé. (http://www.iamgold.com/French/Exploitations/Mines-en-exploitation/Mine-dor-Sadiola-Mali/Vue-densemble/default.aspx)

Nous faisons le plaidoyer au niveau de notre gouvernement pour qu’il y ait vraiment un changement par rapport aux contrats signés entre des multinationales et nos gouvernements,  pour que ces contrats soient beaucoup plus transparents et qu’ils ne défavorisent le pays. Nous leur demandons aussi que l’Etat rende compte des recettes que les multinationales lui ont versées et des sommes que le gouvernement a reversé dans le budget public. Comme le Mali est membre de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives), nous avons fait l’analyse des rapports de différents pays et, dans tous ces rapports, il ressort qu’il y a des différences entre ce que l’Etat collecte et ce qu’il dit avoir reversé ; il y a  donc un problème de transparence, de lisibilité, de traçabilité de ces flux financiers. (http://eiti.org/fr/litie)

L’association « Tax Justice » est un partenaire avec lequel nous sommes en train de développer la justice fiscale en Afrique . Nous avons fait beaucoup de formations sur nos lois pour nous renforcer nous-mêmes. Actuellement nous faisons des études dans tous les pays pour montrer  quels sont les problèmes au niveau de la fiscalité,  l’environnement fiscal, qu’est ce  qu’une Commune peut gagner et qu’est-ce que l’Etat perd en termes de fiscalité. » (http://www.taxjustice.net/cms/front_content.php?idcatart=103&lang=5)

Bernard Lecomte

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