NOS DIFFÉRENTS REGARDS CROISÉS



AIDE ET PARTENARIAT


Échanges nord/sud

"Dommage, c'est tellement important de ne pas voir que les sous ! Si tu dis : « La coopération, le jumelage entre telle et telle commune a permis de financer cent ou deux cents millions FCFA, c'est bien. Mais ce qu'on a gagné, c'est beaucoup plus ! Quand Montrevel finance cinquante mille FCFA, ce qu'on a gagné dans nos échanges, c'est plus d'un milliard ! » Aller voir, apprendre, s'enrichir mutuellement. L'un apprend de l'autre et ceci dans les deux sens : c'est le "Rendez-vous du Donner et du Recevoir" décrit par Senghor. La qualité des hommes est primordiale.

Pour certains à Koar, l'Europe c'est l'Eldorado : là-bas, on se couche, on ne fait rien et on gagne sa vie ! Quand nous allons à Montrevel, nos amis du CSI programment souvent des visites dans les écoles primaires et parfois dans les collèges. On regarde, on échange avec les élèves et les anciens car il s'agit de détruire le mur de l'ignorance, un mur qui sépare le Nord et le Sud. Si on pousse ce mur, on voit qu'au Nord les hommes et les femmes vivent de leur sueur, travaillent et ne gagnent pas facilement du tout l'argent dont ils ont besoin. Si aujourd'hui on notait le nombre de personnes des quatre communes du KKGB à s'être rendues à Montrevel depuis 1996 et le nombre de Montrevellois venus dans nos villages, on dépasserait la centaine. Lors d’une visite, nous avons passé toute une journée à suivre Jean-Michel Bachet, éleveur et agriculteur. Le matin tôt, il démarre son tracteur, puis il fait la traite des vaches, ensuite il retourne aux champs pour ne revenir que le soir. Quand ils ont vu ça, ceux de chez nous ont dit : « Mais ce n'est pas possible, il ne s'arrête pas ! » Déjà avec cette vision dans la tête, ici ça bouge !"

 

Extrait du livre de Baganda Sakho "L'émigration n'est pas la solution" p.176

Fonds souples

// A VENIR //

Projet/programme/procédure

"L’esprit des « projets » part toujours des besoins des récipiendaires donc des faiblesses et presque jamais des solutions endogènes c'est-à-dire de leurs forces. Ce qui explique largement les difficultés à asseoir une base durable des interventions.

Les programmes et plans intégrés d’actions des récipiendaires sont analysés et soutenus selon des approches sectorielles qui détruisent leur sens et leur cohérence avec la logique de fonctionnement dans les villages et les exploitations familiales agricoles. Les projets deviennent ainsi très souvent comme des corps étrangers que personne n’ose rejeter mais que personne ne veut porter. Les cadres logiques et autres outils de diagnostic et de planification des projets, malgré de nombreuses réadaptations, restent fortement basés sur les impératifs de suivi de la traçabilité et de visibilité de l’aide, montrant de fortes limites à assurer la flexibilité nécessaire pour prendre régulièrement en compte la complexité de la réalité des récipiendaires. Les lignes d’action du «projet» sont exclusivement centrées sur les préoccupations identifiées par le «projet». Il y a souvent très peu d’espace de liberté pour y apporter des corrections. Les critères d’appréciation et d’évaluation des projets utilisés dans le cadre de ces outils rendent plus compte des valeurs et besoins liés à la vision des partenaires. Ils ne permettent pas de partager et mettre en valeur les éléments de valeurs d’appréciation des récipiendaires". (ROPPA, Déclaration des Organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest sur l’efficacité de l’aide, Accra, septembre 2008)

 

Extrait du livre de Mamadou Cissokho "Dieu n'est pas un paysan" p.277

Aide et Organisation

"En premier lieu, remettre l’apport d’aide extérieure à sa place. Une place seconde. Aujourd’hui, les flux d’aide publique et privée sont devenus l’épine dorsale du financement des inves-tissements dans les villages. L’aide se trouve placée là où elle ne devrait pas être : au centre. Or, elle est par nature exogène et inconstant ; qui plus est, la façon dont elle est aujourd’hui distribuée, par à coups et par de multiples canaux, crée une incohérence à tous les niveaux. Changer la place de l’aide exige de vérifier qu’une demande effective d’aide préexiste à l’offre d’aide. Mais, cette démarche nécessaire est insuffisante car la demande potentielle est immense, si on la regarde sous le seul angle des besoins. Réussir la maîtrise de l’offre d’aide exige de limiter le flux disponible et de le libérer au moment où l’initiative locale est réelle.

Cette façon de faire est encore trop peu pratiquée. Certes, beaucoup d’agences et d’ONG adaptent désormais leur offre aux besoins exprimés par les organisations paysannes. Mais ce faisant, elles stimulent la seule demande d’aide et pas nécessairement les ressources propres des paysannes et des paysans. On constate actuellement qu’un grand nombre d’initiatives de la base sont uni-quement entreprises pour attirer la rente espérée ou le cadeau tem-poraire.

Par ce biais, l’on peut certes implanter un puits ou un périmètre irrigué de plus. Mais le développement n’est pas l’équi-pement ni l’aménagement. Il est le fruit d’un progrès des capacités propres des organisations paysannes. Il est nécessairement centré sur leurs ressources et leur effort propre. Il faut donc épauler les initiatives en dosant l’apport d’aide et en l’ajustant en permanence. Non pas pour respecter la capacité d’absorption car celle-ci est grande si on équipe seulement. Mais pour que le volume d’aide et l’appui technique n’étouffent pas l’initiative elle-même. Ce dosage peut difficilement s’obtenir dans le cadre de programmes et de projets, même si ceux-ci sont désormais parfois élaborés avec la participation des acteurs locaux. Un changement des outils de mise en oeuvre de l’aide est nécessaire pour maîtriser l’offre d’aide."

 

Extrait du livre de Bernard Lecomte et Marie Christine Gueneau :
"Sahel: Les Paysans dans les marigots de l'aide" p.270

ressources propres/aide

"En deuxième lieu, limiter l’offre d’aide tout en rendant l’appui durable. Le progrès des organisations paysannes n’est réalisable que sur le long terme. L’apport d’aide extérieure, main-tenu aussi minime et adaptable que possible, doit donc pouvoir durer plusieurs années. La difficulté est d’en faire un apport sur lequel on puisse vraiment compter mais qui ne soit pas l’essentiel, afin d’éviter que les organisations paysannes n’en dépendent. C’est pourquoi la constitution d’un capital propre aux familles, aux groupements et aux entreprises paysannes devrait être considérée par les acteurs du système d’aide comme un axe de travail essentiel. Quitter l’approche de satisfaction des besoins pour une approche de renforcement des ressources internes des acteurs locaux est une démarche exigeante pour ceux qui sont habitués, comme beaucoup d’ONG, à l’idée de soulager la misère."

Extrait du livre de Bernard Lecomte et Marie Christine Gueneau :
"Sahel: Les Paysans dans les marigots de l'aide" p.271

coordination contre Babel

"Ce qui signifie, en troisième lieu, que l’une des tâches de l’aide extérieure est de permettre l’accès aux instruments de développement que sont les banques, les commerçants et les entreprises. Or, celui qui aide, qu’il soit agent du secteur public ou responsable d’une ONG, n’est pas bien placé pour réussir cette introduction des bénéficiaires de son aide vers ces acteurs économiques « normaux ». C’est finalement le bénéficiaire lui-même qui peut le mieux réussir ce passage, mais encore faut-il que l’espoir d’être aidé sans fin ne lui soit pas chevillé au corps. Le système d’aide est ainsi fait aujourd’hui, au niveau des villages, qu’il paraît toujours possible à celui qui est aidé de trouver un autre donateur. Et ainsi, la cohérence d’une stratégie d’appui qui aurait été élaborée pour préparer la fin d’un apport d’aide risque de se trouver détruite par la concurrence entre les divers agents de l’aide extérieure. La tâche d’organiser la mise en oeuvre de l’aide extérieure, en particulier pour assurer la fin de l’aide dans une zone donnée, exige d’établir non seulement une coordination entre les différents opérateurs d’aide, mais de faciliter l’expression des conflits, la recherche de solutions et la négociation entre toutes les organisations : privées et publiques, nationales et étrangères. Ce troisième changement nous semble être le plus difficile à obtenir en Afrique de l’Ouest aujourd’hui, car il touche aux intérêts à court terme de chacun des acteurs."

 

Extrait du livre de Bernard Lecomte et Marie Christine Gueneau :
"Sahel: Les Paysans dans les marigots de l'aide" p.271

AIde et autonomie

" Un proverbe wolof dit : « Celui qui veut t'aider doit te trouver en train de te laver. » Avant de demander de l'aide pour se laver le dos, il faut prendre de l'eau avec du savon, et commencer à se laver le ventre, après on viendra te donner un coup de main. Par exemple, pour la venue du ministre de l'Environnement, il était prévu une réunion à Tamba avec les Eaux et Forêts. On aurait pu attendre le responsable du PROGED pour préparer cette visite. Mais nous n'avons pas attendu, nous nous sommes organisés pour que tout soit déjà mis en place à son arrivée.

Nul ne peut développer nos villages à notre place. Nous initions, et les appuis viennent ensuite. Et ils sont variés ! Ainsi, le financement de l'alphabétisation promue par Soxaana Feddé est venu de différentes sources : de 1987 à 1992, par des financements, via le GRDR, de la Coopération française et de l'Union européenne ; puis de 1993 à 1997, par la Fédération genevoise ce coopération (FGC) via les Jardins de Cocagne. Ensuite l'Etat du Sénégal a développé le « Faire-Faire » : il a initié des appels à projets pour l'alphabétisation, où, nous, les opérateurs, avons postulé grâce à une première convention avec la Coopération canadienne, puis est venue la Banque mondiale et, ensuite, le PNUD, et tous disent : « Nous sommes vos partenaires ! »

 

Extrait du livre de Baganda Sakho "L'émigration n'est pas la solution" p.172

ONG / OP

" Ensuite, les JACO – Reto et François Aubert qui nous connaissaient bien – ont réussi à obtenir un fonds souple de 30 millions de FCFA. L'atout d'un fonds souple, pour nous, c'est cette possibilité de dire : « On a ce qu'il faut pour pouvoir démarrer, et c'est à nous d'inventer non seulement notre objectif, mais aussi la façon de l'atteindre. » Le fonds était géré par le GIE Fanta Baré Kissoudié, dont les membres étaient Soxaana Feddé, l’AISB représentée par Lamine N’Diaye, la Kora par Makhtar Anta Diop, le GADEC par Lamine Ba, et il y avait aussi le GRDR. Nous nous sommes dit : « II faut qu'on aille voir un peu ailleurs. » C'est à ce moment-là que les CLEC ont pu voir le jour. Avec l'argent du fonds souple, on a financé des voyages d'études pour aller voir comment fonctionne KAFO, la Caisse d'épargne de Koutiala au Mali. (i)Les financements des Jardins de Cocagne Solidarité Nord-Sud viennent en majeure partie de la Fédération Genevoise de Coopération(FGC), et nous sommes liés à eux par une convention. Une fiduciaire suisse audite les comptes de Soxaana Feddé chaque année à Koar. À la fin d'un programme de recherche-action, sans que les gens en soient informés, la fiduciaire suisse a envoyé un auditeur financé par la FGC pour évaluer. Lors de la discussion, celui-ci nous a dit  : « Comment, avec le peu que vous avez reçu, avez-vous pu faire tout ça ? » Il a écrit dans son rapport : « Le projet mérite d'être prolongé d’un an. » Reto a été surpris que la FGC propose de financer une rallonge au projet sans même une demande de sa part. C'est la FGC elle-même qui a demandé aux JACO de continuer !

On ne refuse pas les projets, même s'ils ont une durée de vie limitée. Mais, d’un autre côté, on veut des partenariats à long terme, même pour des petites sommes d’argent. L'ADDEL, par exemple, avec l'aide française n'a duré que trois ans. Tandis que JACO c'est vraiment la famille, nous sommes ensemble depuis 1991, et, par exemple, pour la réalisation d'un lieu où conserver les stocks de céréales, bien que JACO n’envoie plus d'argent, le travail continue. Et, si demain on dit : « Sur tel point, il faut améliorer, et il nous faudrait de l'aide », on fera appel aux Jardins de Cocagne, et on sera bien reçu. On a reçu la visite du ministre de l'Agriculture. Nous lui avons présenté le projet d'une manière très simplifiée sur quatre ou cinq pages. « Votre projet n'est pas bon, a t-il dit, il faut un magasin bien aéré pour qu'il n'y ait pas de moisissures. » Aujourd'hui, le magasin peut contenir 1 000 tonnes de céréales. "

 

Extrait du livre de Baganda Sakho "L'émigration n'est pas la solution" p.179