NOS DIFFÉRENTS REGARDS CROISÉS



ENVIRONNEMENT


Agroforesterie

La mise en valeur de la forêt
"Cette première préoccupation nous tient tous à cœur : la commune gère, depuis 2002 et jusqu'en 2018, deux programmes successifs pour mieux protéger et utiliser la forêt, les "Programmes de Gestion Durable et Participative des Énergies Traditionnelles et de Substitution" initiés par le gouvernement du Sénégal et financés par la Banque Mondiale (i). La première phase, dite "PROGED 1", avait démarré en 2002 pour une durée de trois ans. Arrivé au terme de cette première phase, le programme fût renégocié pour une nouvelle phase, dite PROGED 2. Cette fois, l'Etat a associé les élus locaux ayant bénéficié de PROGED 1. Dans toutes les rencontres avec la Banque Mondiale, je faisais partie de la délégation de la région de Tamba.

Avant 2002, l'administration disait aux charbonniers : « Vous produisez et ce sont les "cols blancs" de Dakar qui viendront acheter. Vous n'avez pas le droit d'aller les vendre vous-mêmes à Dakar. » En 2009, on a tenu une grande réunion à Koar pour changer cela et les exploitants locaux ont dit : « Président, c'est bien, mais il faut étendre cette demande à toute la zone. » On appelle cette fois les délégués de tous les massifs de la région de Tambacounda et tous disent : « L'Etat doit nous entendre. On ne peut pas laisser le marché du charbon de Dakar aux seuls professionnels de la capitale. » Dans la presse, on a crié fort, très fort ! On a été entendu car, la semaine suivante, le ministre a reçu six d’entre nous. Suite à nos explications, il a pris cette décision : « Les massifs ont été aménagés pour créer des emplois locaux ; ces emplois locaux, il faut qu'ils soient rémunérés. A partir de maintenant, grâce au prochain arrêté que je vais signer, vous aurez le droit d'aller vendre là où vous voudrez au Sénégal. » C'est le cas depuis lors.

Le charbon se fait ainsi : les charbonniers mettent le feu à la meule de bois ; ensuite, pendant 10 nuits ils dorment en brousse, pour surveiller. Autour de la meule, ils sont 2 ou 3, à partir de 21h ou 22h, et ils se relaient : « Je te réveille, moi je dors » car s'il y a un petit trou d'air le cœur de la meule peut s'enflammer. Alors ils préparent beaucoup de terre et dès qu'un peu la fumée sort de quelque part, ils grimpent sur la meule pour boucher le trou.

Un jeune de l'un des villages de la commune comme Koundel, Koar ou Noumouyel, pourvu qu'il remplisse les conditions – comme payer à l'Etat le permis de circuler, par exemple –, peut vendre lui-même le charbon qu'il a produit. Les professionnels nous ont menacés et ont même menacé l'Etat : « Oui, si l'Etat fait cela, nous allons nous retirer, il y aura pénurie de charbon à Dakar et le ministre en sera le responsable ! » Et le ministre, à travers l'inspecteur régional des Eaux et Forêts, nous a fait dire ceci : « Attention ! Les professionnels vous ont lancé un défi. Ce défi il faut le relever et dire à vos jeunes de produire, de produire beaucoup pour qu'il n'y ait pas de pénurie à Dakar. » Dans la salle des délibérations de la mairie de Koar, on a réussi alors à réunir les cinq comités locaux des zones aménagées. Les délégués ont dit : « Le ministre a bien voulu nous aider mais nous aussi il faut qu'on l'aide, en gagnant beaucoup d'argent, car plus tu produis plus tu gagnes de l'argent. » En tout cas je touche du bois car il n'y a pas eu de pénurie mais seulement des magouilles !

Avant, la forêt ne procurait aucune recette à la commune. Depuis PROGED, chaque année nous avons des recettes suffisamment significatives pour être plus importantes que celles accordées par l'Etat. Donc ces montants ne sont pas négligeables et font fait partie des acquis. En ce qui concerne les jeunes, un certain nombre était en Afrique Centrale ou au Gabon ; ils sont revenus en disant : « On ne part plus. » Le fait de gagner ici en famille ce qu'ils pouvaient gagner au Gabon a freiné la migration." 


Baganda Sakho dans "L'émigration n'est pas la solution" p.121

 

Transformation des produits

Notre deuxième préoccupation est celle-ci : les exploitations paysannes doivent maîtriser le triangle "production-transformation-commercialisation", la transformation permettant de gagner plus d'argent. Quand on s'est réuni à Cotonou au Bénin, la conclusion du séminaire sur le maïs était celle-ci : tant qu'on n'arrive pas à transformer, en maîtrisant le triangle de la production, on reste esclave des Baol-Baol (les commerçants). Le gain de ces derniers est plus important que celui des producteurs. Pour nous libérer un peu des Baol-Baol, nous devons arriver à proposer en ville des produits prêts à consommer,. à la FGC. Nous voudrions arriver à ce que de plus en plus, dans les villes au Sénégal, on n'ait plus besoin ni de pilon ni de mortier pour écraser les céréales, et pour cela il nous faut monter de petites unités de transformation des produits céréaliers. Mais ce n'est pas si simple et, fin 2017, aucune n'existe encore . 

 

Baganda Sakho dans "L'émigration n'est pas la solution" p.130